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Publié par Lionel Cosson

Il était une fois un petit éléphant du nom de Roudioubou.

C’était le pachyderme le plus amusant du monde connu et inconnu.

Ses nombreux amis appréciaient son aspect agréable, sa silhouette épurée et sa peau en tissu.

Ses yeux ronds, petits et noirs laissaient voir le fond d’une âme qui a vécu, joué et voyagé.

Bref, Roudioubou était à l’éléphant en peluche ce que le beurre était et sera à la tartine : une référence.

La vie de Roudioubou le cosmique éléphanteau n’était que courses effrénées à travers les nuages, cabrioles et chansons loufoques jusqu’à ces évènements singuliers que le narrateur va se faire un plaisir de vous conter derechef.

 

Tout commença dans la plus effrayante banalité : c’était un doux matin de printemps où les fleurs souriaient de toutes leurs dents, où le ciel était liquide et bleu comme un adoucissant et où le soleil avait pensé à mettre une paire de lunettes (à indice de protection élevé, il va sans dire).

Dans cette atmosphère que l’on pouvait qualifier de sympathique, Roudioubou le petit éléphant loufoque se promenait gaiement.

C’est que l’adorable pachyderme était pressé : on l’attendait dans la Grande Clairière pour sauver le monde. Il avait été désigné par le Peuple de la Forêt comme étant le seul capable de remplir cette mission.

C’est tout ?

Oui !

Mais ainsi on ne s’étonnait plus de voir parmi les arbres et les fleurs, dodeliner et s’agiter l’admirable Roudioubou, muni de son sac à malices.

 

Au milieu de la forêt s’était attroupée une folle faune de fantasques créatures qui tintinnabulaient à l’unisson du bruit du doux vent dans les feuillages colorés et sur de trop longues phrases.

Un petit être semblait se détacher de toute cette agitation.

C’était un charismatique chaton aux moustaches bleues : la même couleur était observable sur son gros mais néanmoins joli nez, et ses bottines qui semblaient faites dans un mystérieux cuir cachaient des ripatons aérodynamiques et thermo régulés. Entre ses deux oreilles, s’élevait le plus baroque des couvre-chefs, zébré de bleu et de rouge, tout comme l’écharpe qu’il portait en toutes circonstances.

Son aspect général était celui d’une élégante patate pleine de fourrure, ce qui ne l’empêchait pas d’être la figure tutélaire du Peuple de la Forêt : Sablotin, grand sage, magicien émérite et mycologue distingué.

Inutile de dire qu’il attendait l’onirique Roudioubou.

 

A peine le décor et les personnages posés, l’inimitable et inimité éléphant surgit dans la Grande Clairière au rythme de son pas si caractéristique et si pachydermique (excusez du peu !), provoquant l’admiration parmi la foule qui désormais l’entourait.

Roudioubou s’arrêta.

Son regard croisa celui de l’éminent Sablotin : on y décelait une certaine tension mêlée à un certain espoir.

La folle foule retenait son souffle : on y décelait un certain espoir mêlé à une certaine tension.

Sablotin laissa entrevoir ses félines canines et fit signe à Roudioubou d’approcher.

La féerique foule était rassurée.

Tout à coup, le chef fait chat plus connu sous le nom de Sablotin brandit devant l’assistance médusée un champignon fort comique et fort étrange mais qui ne laissait aucun doute sur sa nature exceptionnelle.

Quels pouvaient être ses effets ? De quel monde pouvait-il être le mycologique sésame ?

Seul le lecteur pouvait se poser ces angoissantes questions, car le Peuple de la Forêt, pour stupéfait qu’il était, n’ignorait pas que cette noble et naturelle pourriture étaient l’une des portes qui menait au monde des Humains et que Roudioubou était condamné à la manger s’il voulait y accéder.

C’était l’unique moyen pour lui d’en finir avec le fléau qui s’était abattu sur leur fier petit monde, fléau qui avait pour origine le monde des Humains.

 

L’éléphanteau s’avança et se mit à côté de Sablotin et de son champignon.

Au même moment, une troupe de Taupes Musiciennes entoura les deux grandes figures du Peuple de la Forêt et se mit à jouer un air profond et mystérieux sur un mode mineur. Les taupes étaient traditionnellement habilitées à jouer les musiques sacrées et rituelles de leur sylvestre nation, réputées pour leur sensibilité musicale hors du commun et leur dextérité sans faille. Il fallait reconnaître que leur réputation n’était pas usurpée quand on observait la douce et lancinante transe qui prenait peu à peu l’assemblée et les deux principaux protagonistes de cette histoire.

La lente danse culmina avec l’ingestion du champignon par Roudioubou sous le regard comme possédé du divin Sablotin.

Et Roudioubou fut pris d’une étrange torpeur.

Et dans les mains de Sablotin se fit une étrange lueur.

D’un coup, la folle foule se tut.

Et Roudioubou disparut.

 

A ce stade, le narrateur pense qu’il est nécessaire de fournir certaines explications pour que le lecteur ne se laisse pas bêtement fasciner par l’intérêt ethnologique des dernières lignes. Il faut donc prendre en compte quelques éléments de l’histoire récente du Peuple de la Forêt.

Les Aventures Déconstruites d'un Pachyderme Postmoderne - Chapitre 1 - Peluches psychotropes -
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